Je vous présente un témoignage de Ouchemou et sa relation avec Nefertum. Je vous invite à vous rendre sur sa page, mais voici :

"Je n’ai rencontré ce dieu qu’une seule fois, qui plus est brièvement, et sans que je puisse déterminer une raison précise à sa venue. Néanmoins, j’ai gardé un bon souvenir de cette dernière car il m’avait fait la grâce d’une magnifique odeur de fleur. Sa fleur par excellence est le lotus alors c’était peut-être celle-là, mais comme je n’ai jamais eu de lotus sous le nez (que ce soit la fleur ou … autre chose, non je ne sniffe pas encore le papier toilette) je n’en sais rien. Cela remonte donc à plusieurs mois. Pourquoi faire un travail sur lui maintenant me demanderez-vous peut-être si j’ai capté votre attention ? Ben je ne sais pas trop en fait. Dernièrement Bastet m’a envoyé pas mal de messages à base de pomme. C’est vraiment zarbi quand tu sens le goût et la texture du fruit dans ta bouche alors que ben en fait non, tu es juste en train d’échanger avec une divinité. Enfin bref, du coup fruit, fleur … Et puis je me suis rendu compte en bouquinant un peu que ces deux divinités ont des liens plutôt concrets.

Commençons par ce que disent les livres. Nefertoum est classiquement donné comme le fils de Ptah et de Sekhmet. Le sens de son nom est un mystère et peut donc avoir plusieurs sens. Cela tourne autours de la perfection et du parfum agréable. Puisque le lotus est son attribut, il peut faire partie de sa couronne. Il tient également en main un sceptre lotiforme. Classiquement seules les déesses ont des sceptres floraux, les dieux ayant plutôt des sceptres ouas. Qu’il n’a pas. Il peut aussi arborer sur son sceptre et sa coiffe deux hautes plumes et deux contrepoids de collier menat. Collier également plutôt réservé d’habitude aux déesses car symbole de fécondité. Mais Nefertoum il est comme ça, c’est un rebelle en puissance. Humhumhum. Mais bon il porte la barbe et son pagne arbore la queue de taureau, symboles typiquement masculins cette fois, et il peut tenir un ankh qui est neutre.

Dans les textes des pyramides, il est dit que ce dieu est apparu comme un lotus à la narine de Rê. Le lotus (flottant sur les eaux inertes du Noun) deviendra ensuite la fleur de laquelle émerge chaque matin le soleil sous la forme de Nefertoum. La nature solaire de ce dieu se confirme par l’identité de sa mère (Sekhmet). C’est sans doute aussi grâce à elle qu’il peut arborer une forme de lion pour massacrer ses ennemis, et grâce à son père qu’il peut se manifester momiforme. Selon les textes c’est même le verbe engloutir qui est utiliser. Sans doute la fougue et l’énergie débordante de ce jeune soleil entre-t-elle en ligne de compte. Et puis Rê, c’est quand même un peu lui qui a créé l’Ordre égyptien. Il a donné naissance au monde et aux divinités qui vont avec, créé les lois qui régissent ce monde (incarnées par Maât). La fonction pharaonique a été instituée par Rê après qu’il se soit retiré du monde, fatigué par les humains. De fait Pharaon est héritier de Rê sur le trône de Geb (dieu de la Terre). Donc niveau ordre, et combat du désordre, Nefertoum est capable je pense, et c’est ce qui explique sûrement pourquoi il est rapproché d’Horus. Dieu des fleurs, il l’est aussi de leurs produits dérivés c’est à dire les encens et onguents. Le fameux kyphi serait tout particulièrement sous sa garde. En lien avec les onguents, et avec sa mère Sekhmet connue pour répandre les épidémies comme on répand du sucre sur une gaufre, il patrone également les médecins et fait office de dieu guérisseur. D’ailleurs, quand on parle onguent, Bastet n’est jamais loin.

Assimilée à une forme apaisée de Sekhmet (je ne partage pas cet avis mais bon, passons), elle est aussi la Dame des onguents. Ces deux éléments font que Nefertoum est parfois donné comme le fils de Bastet, ou comme son mari. Ou pourquoi pas les deux à la fois, on parle de divinités après tout. En tant que fils de Bastet il est assimilé à Hor-Hekenou (un des fils de Bastet, un des multiples Horus, et qui se fait bouloter par une lionne, que je soupçonne d’être sa mère, par contre laquelle entre Sekhmet et Bastet, good question) et à Mahès, qui est un dieu-lion. On finit par retomber sur nos pattes. Sans doute du fait de son côté lion-engloutissant-les-rebelles-et-les-ennemis-de-l’Égypte, il apparaît lors de la pesée du cœur du défunt en tant que membre des 42 assesseurs qui assistent Osiris. S’il peut parfois guider le défunt, il peut aussi, si le résultat de la pesée est défavorable au mort, se montrer moins conciliant. Il devient alors : « Celui qui enchaîne les pécheurs au billot d’exécution et taille en morceau les âmes ». L’instinct carnassier qui ressort, sûrement. Bon, bien que je n’ai effectué aucun travail spirituel avec ce dieu, je ne le trouve pas aussi ambigu que ça, sauf si on considère les divinités comme des automates monotâches.

Nefertoum est le dieu du lotus, et par extension des fleurs. Les anciens égyptiens adoraient les jardins. Si les temples avaient des bosquets sacrés (ce que j’ai apprit récemment), les tombes avaient des jardins, comme les palais, et toute demeure suffisamment riche. Ils les aimaient peut-être d’autant plus que mise à part une étroite bande de limon fertile, l’Égypte se résume à un immense désert aride et stérile. Le jardin et ses fleurs devait donc être ce petit morceau de paradis, celui où vivent les dieux et les justes de voix, accessible en ce bas monde. Il devait être le symbole d’une vie accomplie, et d’un monde parfait (l’Au-Delà). Et du coup être chèrement défendu, ce qui expliquerait le côté lion sans pitié. D’ailleurs les anciens égyptiens étaient connus pour considérer leur pays comme élu par les divinités. Pour remettre une couche à cette partie UPGesque, lorsque j’ai eu ce bref contact avec lui, je l’ai senti jeune. Pas dieu-enfant, ni jeune comme un ado en crise qu’on a envie de baffer. Après tout on parle d’un dieu, et notre notion de la jeunesse si complexe aujourd’hui ne doit strictement rien à voir avec celle des Anciens. Mais je ne l’ai clairement pas senti adulte, comme je peux sentir Horus ou Bastet. Et je pense que ça aussi, pour les Anciens, l’éternelle jeunesse devait rajouter au côté parfait (nefer) de ce dieu. Et expliquer qu’il ai survécu des débuts de l’histoire égyptienne jusqu’à l’époque gréco-romaine. Plus qu’une fleur, ou des métiers, il devait symboliser l’idée même de la perfection et de la vie parfaite. Ce qui pourrait justifier qu’il possède des attributs féminins. Bon, maintenant je vais voir ce que je peux tirer de ce nom si ambiguë.

Je n’ai trouvé que deux orthographes pour son nom. La première se compose du signe nefer (nfr) représenté par le hiéro cœur-trachée-artère (mais si perso je vois pas l’artère mais bon c’est pas grave) et du signe tem ( tm ) résenté par un traîneau. Pourquoi Nefertoum et pas Nefertem alors ? Good question. Ce nom se termine par le hiéro déterminatif de la divinité. La seconde orthographe reprend les mêmes hiéro, et en rajoute entre le cœur et le traîneau. Sont rajoutés dans l’ordre la vipère à corne (f), la bouche ( r ) et le pain (t). Bon, commençons par le commencement.

En soit, nfr signifie plusieurs choses mais l’idée globale est la même : perfection, beauté, bon, bien, bonheur, perfection. Forcément d’autres termes dérivent de celui-ci. On retrouve donc des mots appartenant à différents domaines : jeunes recrues (soldats), jolie fille, bétail, couronne, socle, soubassement. On retrouve également ce hiéro dans des mots signifient le contraire de son sens de base : zéro, fin, bas, fond, manque (pénurie).

Comme l’ont remarqué les égyptologues, le hiéro du traîneau peut être assez contraire aussi au sens premier de nfr. Mais il se contredit un peu lui aussi : périr, cesser, fermer, être muet, compléter, tout, univers. Et bien sur, lui aussi a des mots dérivés : traîneau, humanité, tourner.

Si les trois unilitères, n’ont pas de sens aussi variés, je pense qu’ils ont tous une raison d’être là. Par exemple pour la vipère à corne, j’avais lu je ne sais plus où qu’elle était une manifestation de la colère d’Horus. Elle rappellerait donc le côté colérique du dieu. Quant à la bouche, elle me fait penser au nom de Rê, au démiurge qui crée en parlant. Et aussi à l’action de dévorer ses ennemis. D’ailleurs, en parlant de Rê, il peut être représenté combattant Apophis sous la forme d’un chat armé d’un couteau. On reste dans le domaine des félins. Pour conclure avec le pain, il est le déterminatif de la féminité et rappelle ses attributs floraux, et aussi son statut de matrice florale donnant naissance au démiurge. Du coup je ne le trouve pas si ambiguë que ça finalement. Je trouve que cela va de soit que le dieu symbole de la perfection puisse l’accorder comme la reprendre. Et du coup je retombe un peu sur ce que j’ai dit avant. Nefertoum serait le dieu de la perfection et de l’accomplissement avant d’être celui des fleurs et de leurs produits dérivés. Du coup on peut trouver ça normal qu’un dieu, donc une entité masculine, au moins en partie, parte à la guerre pour défendre sa patrie, sa famille, ses biens ou que sais-je encore. Et qu’en temps de paix il retourne dans ses jardins profiter d’une vie douce et bucolique. Du coup maintenant j’ai vraiment envie de mieux connaître ce dieu (qui me semble aussi du coup bien lié à Bastet) !"


 





Leave a Reply.