Je ne fais que reprendre l'exploration et tenter de démêler tous les papyrus... Les cosmogonies sont multiples, selon la période donnée ou le lieu d'origine. J'adhère tout particulière à celle de Memphis, car Ptah et Nefertum sont des dieux qui ont fait un pas vers moi. Maintenant, j'ai tout à découvrir ! Donc je vous encourage à aller voir par vous-mêmes, et plutôt que de pouvoir synthétiser moi-même, je vous renvoie à de explications pointues d'autrui :


Le site de Toutankharton : ( 1 - 2 - 3)

(l'extrait cité fait partie de la 3e page)

Cette triade symbolise l’histoire des incarnations de Ptah en répétition successives (ouhem) : cette triade est à comprendre comme un Moment Présent, qui est depuis le commencement du monde naturel concret, et qui est à travers tous les règnes de la terre (des minéraux à l’homme).

Ptah dieu créateur, Ptah forme la terre Ta-Tenen, qui le reçoit et dans laquelle il est inné, mais dans laquelle il est emmailloté, sans liberté d’action des jambes ou des bras, ligoté. Sekhmet1 Elle est l’amant de Ptah. Puissance destructrice, elle corrompt la terre pour en tirer le feu de Ptah, et le délivrer de ses liens. La première transformation de Ptah qui résultera de l’action de Sekhmet sera Sokar dont la fonction est la contraction (fixation mortelle). La victoire de Sekhmet permet à Ptah de resusciter sous la forme de son fils Nefertoum. Ptah Cette notion symbolique est importante dans la pensée égyptienne : Ptah, emmailloté-ligoté dans le corporel a besoin de l’action destructrice de Sekhmet pour s’exprimer : la victoire de Sekhmet permet la transformation de Ptah en hotep, ou de pth en htp. Dans la symbolique associée aux lettres hiéroglyphiques, Pth symbolise l’énergie créatrice H ligotée par sa chute dans la matière (ciel Pt) : pth est principe de vie, mais il ne sera vivant qu’une fois qu’il sera libéré de ses liens par htp (hotep), c’est-à-dire une fois qu’il aura fait la paix ou l’union (hotep) entre lui et les choses à animer, ce qui signifie que le feu destructeur de Ptah a besoin de hotep pour devenir un feu générateur. Le sens du mot hotep nous permet de mieux comprendre cette notion : l’union ou paix est alliance de deux natures opposées (masculin-féminin, anciens belligérants,…), ce qui est l’offrande la plus parfaite (hotep) : le donateur se donne lui-même par communion et devient ainsi ferment de l’union (hotep)2.

Ptah une fois libéré, Ptah hotep, est le moteur du monde, l’énergie qui anime tout, l’Unique ou « Grand Trône », qui s’exprime à travers la multiplicité des lois de la Nature (Neter).

Ainsi, la cosmogonie Memphite, dans sa partie concernant le monde matériel concret, explique comment s’organisent et agissent les lois de la Nature (Neter) dans leurs divers aspect, venant en cela compléter Héliopolis.

Mais la théologie Memphite, dans son histoire principielle (c’est-à-dire métaphysique) remplace l’Héliopolitaine : elle marque l’émergence d’une école philosophique, dont la théologie intègre le système héliopolitain, Ptah remplaçant Atoum : Ptah est l’Unique, cause-créateur de Tout : il est avant Atoum, qui devient une émanation (corporification) de Ptah. Ptah est le « Grand Trône », « à la face superbe », qui crée par le « Grand Mot », sorti de sa bouche, exprimé par la langue, et qui traduit ce que veux le cœur, soit le mode d’action suivant :

Pensée du cœur => langue dans bouche => Mot

Atoum est créé des Mots de Ptah : Atoum est le « Grand », qui crée par le Mouvement entre ses doigts (masturbation), en éjaculant dans sa bouche (symbole de cycle3, soit le mode d’action suivant :

Mouvement des doigts => sperme dans bouche => Création

Ptah créée en mots (ou définit) ce qu’Atoum éjacule, ou forme. Ptah est à l’origine le créateur-animateur d’Atoum, mais une fois Atoum créé, Ptah ne peut s’exprimer qu’à travers lui, bien que restant le principe créateur (Ptah est l’énergie prisonnière du corporel ou Nature)

La cosmologie Memphite marque bien une évolution dans l’histoire de la pensée humaine, en définissant le concept de Ptah créateur du monde par le Verbe (ou la Parole). Ce thème est très souvent évité, dans de nombreuses études publiées, parce qu’il remet en cause notre conception européanocentriste de l’histoire de la philosophie. En effet, la notion philosophique d’un logos créateur du monde, sous entend un mode de pensée rationnel ou pré-rationnel, ce qui est considéré comme une évolution due aux Grecs du IV° siècle av. J.C. Un tel mode de pensée est donc traditionnellement vu comme inconcevable dans l’Egypte de la fin de la IV° dynastie (quand Memphis devient capitale de l’Egypte), c’est-à-dire dès l’Ancien Empire…

C’est cet aspect que nous allons développer, à travers la théogonie de Ptah (étude de la Pierre de Shabaka), en essayant de répondre à cette question : les Egyptiens de l’Ancien Empire avaient-ils déjà un mode de pensée proto-rationnel, et en ce cas comment était-il exprimé ?